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L’assurance, un investisseur clef dans la réindustrialisation de la France ?


En faisant de la réindustrialisation française un des objectifs clefs de son quinquennat, le président HOLLANDE s'est attelé à un projet ambitieux tant sur le plan des objectifs à atteindre que sur celui des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. A notre époque de vache maigre économique, il est difficile d'imaginer un investissement étatique massif en dehors des dispositifs actuellement en place. Aussi la tentation est-elle grande d'inciter les investisseurs institutionnels et plus particulièrement les assureurs à être plus actifs dans le financement du secteur industriel national.


A ce titre, les assureurs sont en premières lignes. En effet, les masses de primes collectées toutes branches confondues (assurances dommages, retraite, assurance-vie…), 259 Md€ en 2011 (source rapport ACP 2011) font des acteurs de ce secteur un des principaux investisseurs institutionnels. Il peut paraitre donc aisé de leur demander d'orienter une partie des actifs importants qu'ils gèrent vers le secteur industriel français.


Néanmoins, entre la rhétorique et la pratique il est parfois des fossés qui sont bien difficiles à combler car les contraintes sont bien plus importantes qu'il n'y parait.


Premier axe de réflexion, pourquoi ne pas orienter les provisions réglementaires des assureurs (vies et non-vies) vers des investissements productifs, c'est-à-dire des investissements en action dans le secteur productif français ? Néanmoins, compte tenu des contraintes réglementaires tant Françaises qu'Européennes, cette approche apparait comme extrêmement difficile.


En effet, les règles prudentielles édictées afin de protéger le consommateur en régulant la politique d'investissement et de fonds propres des assureurs (afin que ceux-ci soient en mesure de pouvoir payer les sinistres au moment de leur survenance) sont extrêmement contraignantes. De plus, les changements attendus pour 2013 avec la mise en place de SOLVABILITE 2 (harmonisation au niveau Européen des contraintes prudentielles) ne vont pas dans le sens d'un renforcement de l'investissement en action des compagnies d'assurance. En effet, selon les principaux acteurs du secteur, l'application de SOLVABILITE 2 tel que le dispositif est présenté aujourd'hui, va plutôt dans le sens d'une recapitalisation massive des assureurs, donc peu de flux financiers disponibles pour le secteur productif.


Second axe, réorienter une partie des sommes de l'assurance vie dans l'investissement productif. Le placement préféré des français génère en effet un volume de prime de 143 Md€ en 2011 (source, rapport annuel de l'ACAM 2011). Problème, comment, alors que le secteur a connu des pertes en 2008 à cause des risques de marché, plus une décollecte de 15 % entre 2010 et 2011 (les tendances 2012 données par la FFSA font à ce jour état d'une décollecte de 3.5 Md€ sur 10 mois), convaincre des assureurs tenus de rémunérer leurs épargnants par des taux garantis relativement confortable, et confrontés à une fuite de ces derniers, de faire de l'investissement potentiellement non rentable à court terme. A notre sens donc, une implication plus importante des assureurs vie dans l'investissement productif est une façon d'accepter de facto des fonds de pension à la française avec pour conséquence une acceptation de la logique financière de court terme. Logique « Je vous confie un peu de l'argent que je gère pour vos investissements, en échange il faut que cela rapport X % à mes épargnants sinon je récupère ma mise». Ce qui pour certains, reviendrait à accueillir le loup dans la bergerie, mais n'est-ce pas déjà le cas ?


Il est également nécessaire de prendre en compte le comportement des consommateurs face à leur épargne. Quand bien même le dispositif fiscal de l'assurance vie est fait pour dissuader toute sortie du dispositif avant les 8 ans du contrat (en cas de sortie anticipée les intérêts acquis sont imposables), homo économicus (ou son conseiller en gestion de patrimoine) peut tout à fait faire le calcul gain / perte entre une imposition immédiate et le gain (impôts déduits) d'un support d'épargne plus performant, ou plus sécuritaire, comme cela semble être le cas avec les reports significatifs d'épargne vers le livret A et le Livret Développement Durable, après que leur plafonnement ait été augmenté de façon substantielle, produisant au passage un effet de transfert vers de l'investissement non économiquement rentable.


Notons alors qu'un débat supplémentaire s'invite, quel investissement l'épargne doit-elle soutenir ? L'investissement social (avec peut-être une logique de redistribution vers certains secteurs que l'ouvertures de chantiers produirait) ou l'investissement économique productif ? Entre la nécessité sociale de résoudre une crise du logement et la nécessité économique de retrouver un secteur industriel fort, il est fort à parier que même un jugement à la Salomon ne suffirait pas à trancher le débat...


En tout état de cause, le débat a au moins le mérite d'être posé ...